Sunday, December 12, 2010

An Appeal to Malika Mokeddem

Il y a vingt ans, mes parents m’ont donné le nom Rachel Mihuta Grimm. C’est une bouchée de syllabes qui contient le nom de famille de mon père (Grimm), celui de ma mère (Mihuta), et le poids de la légende d’une matriarche biblique (Rachel), mère de Joseph, son fils de merveille, et de Benjamin, son fils de deuil. Je suis la fille d’un pilote avec une intelligence et un esprit aussi formidables que les cieux qu’il traverse et une biologiste devenue institutrice au collège. Mon frère ainé est ingénieur et qui, à l’âge de vingt-deux ans, est déjà un employée respecté et indispensable de Boeing, le plus grand avionneur de monde. Et moi je suis écrivaillon qui se croit écrivaine dans mes moments de fantaisie. Je suis dans ma troisième année d’études d’anglais et de français à Ohio University à Athens, Ohio, une ville appelée comme le centre intellectuel du monde ancien, mais coincée dans la pauvreté démunie des Appalaches.

Ma jeunesse était caractérisée d’un sens profond d’isolement—tout d’abord dans ma famille nucléaire et plus tard dans le contexte dans le village où j’étais élevée. Mes parents m’ont nourrie d’une alimentation de pensées et de spiritualité libérales. Pour cela je serai toujours reconnaissante, mais cette éducation m’a forcément éloignée de mes pairs. Kidron, Ohio: c’est un tout petit village où on croit toujours que le réchauffement climatique est un bobard puéril et qu’un programme de soins de santé universel est évidence d’un germe de socialisme qui infectera notre démocratie. Quels cons. Il fallait que je fuie de là, sans question. Je me suis mise à l’abri de l’ignorance et je me suis refugiée dans le monde académique et dans la littérature.

Pendant deux ans à l’université, j’étais contente de suivre le chemin dallé par mes prédécesseurs dans le domaine de la littérature. J’étais captivée par les bibliothèques silencieuses qui bordaient ma voie et je me suis perdue dans le labyrinthe des grands esprits, plein de promesses d’éclaircissement. Mais bien que mon chemin à moi était individualisé et de temps en temps isolé, je faisais partie quand même d’un édifice plus grand que ma perspective là-dessus. C’est une structure immense construite après des siècles et des siècles d’érudition. Je n’étais qu’une voyageuse qui errait parmi ses sentiers, mon chemin unique mais fixe. Et au centre de ce labyrinthe, prêt à engorger le chanceux voyageur qui y achève, était le Minotaure de Dédale lui-même. Dans le domaine de la littérature, on appelle ce monstre « le canon occidental. » C'est lui qui aura toujours le dernier mot.

Heureusement, j’ai eu la chance d’entrevois à distance ce monstre tout englobant avant qu’il me dévore complètement. Et j’ai compris enfin que les voix de mes professeurs respectés auxquels je me suis habituée à entendre et absorber n’étaient pas leurs voix à eux. Ils ont parcouru dans le même dédale que moi et c’était en fait la voix du monstre, le canon occidental, que j’ai entendue sortir de leur bouche. Ce monstre est plutôt un virus ; il réside dans leurs poumons, il se perche sur les petits os de leurs oreilles internes. Mais de cette position privilégiée, il contrôle tout, il silence tout ce qui le contredit. C’est pour ça que nos bibliothèques sont si silencieuses ; c’est pour respect et pour peur de réveiller et de contrarier ce monstre et son canon.

J’ai découvert que j’avais été si accaparée de la luminosité au centre de ce labyrinthe construite par les mains tachées d’encre de la tradition littéraire que j’avais ignoré tout ce qui est périphérique. Je voulais explorer toutes les pièces et toutes les portes qui avaient étaient verrouillées jusqu’à là. Tournant le dos pour la première fois à ce que le canon occidental et les professeurs qui le régurgitent m’ont toujours dit à étudier—Milton et Molière jusqu’à Giraudoux et Proust—j’ai jeté un coup d’œil furtif derrière ces portes fermées. Et j’y ai trouvé une foule de voix bruyantes, intrépides, hurlant dans toutes les langes du monde derrière des huis clos. Et c’est à ce moment là où j’ai découvert votre écriture à vous, Mme. Mokeddem.

En lisant Les Hommes qui marchent, il fallait que je mette à portée de la main un cahier qui, à la fin de ma lecture, était plein de citations et de notations. Tandis que les feuilles mortes des arbres d’automne effleuraient ma fenêtre, j’avais la tête enveloppée du vent de sables de l’Algérie. J’ai vu les conte de Zohra dévoilent avec les yeux écarquillés d’une enfante captivée par les histoire de sa grand-mère.

La Transe des insoumis a verbalisé un sentiment que je n’arrivais pas à exprimer depuis la première fois que je suis allée en France il y a deux ans. Le nomadisme de mes pensées et de mes rêves m’a rendu en même temps isolée du monde extérieur et exclue de l’identité que la société m’a assigné. Je suis, comme vous l’avez brillamment dit, une identité traversière. Que je sois aux Etats-Unis ou en France, l’autre côté de l’océan, c'est encore chez moi. Je suis dans un état de séparation perpétuelle.

Heureusement, j’ai la chance de faire partie d’un programme particulier à la fac qui me fournit l’opportunité de construire des cours privés et individualisés avec mes professeurs. Ce trimestre passé, j’ai suivi une recherche de la littérature maghrébine avec une de mes professeurs. C’est dans ce cours-là que j’ai découvert vos œuvres. Pour recevoir mon diplôme l’année prochaine, il faudra que j’écrive une thèse ; votre travail m’a donné enfin une nouvelle promesse d’éclaircissement et une focalisation. C’est grâce à l’audace de votre écriture que moi j’ai le courage de m’écarter du sentier battu et de trouver mon propre chemin.

Mon analyse du paradoxe de l’indépendance qui se manifeste dans vos œuvres a déversé un torrent de pensées diverses. Je m’intéresse à la position d’un sous-ensemble marginalisé dans une population qui est déjà subjuguée d’un pouvoir externe. Comme on a vu dans votre roman Les Hommes qui marchent, la barbarie qui vous est arrivée à la fête du premier anniversaire de l’indépendance algérienne est l’apogée de cette disparité. La situation des femmes maghrébines dans une société patriarcale réduit à néant pour elles l’indépendance gagnée du colon français. Malgré cette liberté, elles se trouvent toujours esclaves de leur biologie, de leur mari, de leur culture, et de leur gouvernement.

Nous, les spectatrices et les participantes de ce paradoxe, nous demandons comment révolter contre une société qui nie la signifiance de notre existence. Et si on trouve un moyen efficace de révolter, comment assurer que notre réussite ne répétera jamais les défauts de nos oppresseurs ? Comment nous délier du cycle perpétuel de domination, de subjugation, et de révolution ? Où se trouve notre chemin à nous, un nouveau sentier dépourvu des ornières creusées par les pieds de nos prédécesseurs ?

C’est dans ces questions que j’espère trouver le fil de ma thèse future, et c’est pour demander votre opinion là-dessus que j’ai entrepris de vous écrire. Je les jette dans les airs et dans les ténèbres qui pénètrent au bout de ma compréhension de ce paradoxe apparemment inexplicable mais indéniablement pertinent. Je ne vous demande pas beaucoup—seulement un mot, une minute, une confirmation que cette lutte de compréhension vaut la peine de la battre.

0 comments:

Post a Comment